Pourquoi la reconversion militaire ne se résume pas à trouver un emploi
La reconversion des militaires, on en parle souvent. On parle de CV, de lettres de motivation, de formations, de recherche d'emploi. Et sur ça, soyons clairs : les dispositifs fonctionnent. Mais il y a un sujet dont on parle beaucoup moins. L'identité sociale.
Parce que quitter l'armée, ce n'est pas simplement un changement de métier. C'est un changement de vie.
Ce que disent les chiffres
Une thèse sur la reconversion militaire (Dominique Lecerf, Université de Montpellier, 2020) montre que 60,3 % des militaires qui quittent l'institution retrouvent un emploi dans l'année. Mais seuls 37,4 % le maintiennent encore 3 ans après.
Ce n'est pas un problème de compétences. C'est un problème d'identité.
« Bonjour monsieur »
Le 26 mars 2015, je quittais officiellement ma compagnie. Mon dernier jour en treillis, mon dernier jour sous les drapeaux. Le 26 avril, j'étais rayé des contrôles. Et le lendemain, je décollais pour l'étranger afin d'occuper mes nouvelles fonctions de technicien réseaux et GSM.
Entre les deux ? Un mois de permissions. Un sas où l'on ne réalise pas vraiment ce qui se joue. On a l'impression d'être simplement en congés.
Puis vient le matin du 27 avril. Je suis à l'aéroport pour partir travailler, en tenue civile, sans frère d'armes. À l'arrivée, je suis accueilli par un « Bonjour monsieur ». Cette fois, je ne suis plus militaire. L'adjudant-chef Moesis a laissé place à Monsieur, à Yohannick. Mais alors, qui suis-je au fond ? En dehors de ma caserne, ma compagnie, sans mon treillis, mon béret, mes insignes et mes formations ?
C'est souvent à cet instant précis que commence la véritable transition. Pas au moment où l'on signe son départ, mais au moment où l'on prend conscience que l'identité professionnelle qu'on a portée pendant deux décennies ne suffit plus à nous définir dans le monde civil.
Deux chemins, deux rythmes différents
Un emploi, un salaire, une vie qui semble avoir retrouvé son équilibre : et pourtant, quelque chose continue parfois à chercher sa place. Ce sont simplement deux chemins qui n'avancent pas toujours au même rythme : celui de l'emploi, et celui de la place qu'on y trouve vraiment.
On prépare les militaires à refaire leur CV, à traduire leurs compétences techniques, à réussir leurs entretiens. Mais on oublie trop souvent de les préparer au vertige identitaire qui les attend au saut du lit, le premier jour de leur nouvelle vie.
Je ne vous aide pas à trouver un emploi.
Je vous aide à trouver votre place. Découvrez les dix mécanismes identitaires qui traversent la transition militaire-civile, ou échangeons directement sur votre situation.